( Pierre-André Normandin -
Le Soleil ) -
(Fort Bliss, Texas) - La guerre en Afghanistan s'allonge, mais les soldats québécois rajeunissent. Témoignant de la récente hausse du recrutement dans les Forces canadiennes, la majorité des 1650 militaires de Valcartier qui partent ce mois-ci pour Kandahar ont moins de trois ans d'expérience dans l'armée.
Un an après la fin de sa première mission dans le sud de l'Afghanistan, le Royal 22e Régiment fournira de nouveau la majeure partie du contingent de 2750 soldats canadiens. Un premier groupe de 180 militaires s'envole d'ailleurs demain soir vers Kandahar pour prendre la relève pendant six mois.
Contrairement à la dernière fois, les troupes de Valcartier s'occuperont essentiellement des missions de combat, laissant la planification et la logistique à d'autres unités issues d'ailleurs au Canada. Pour ce faire, le 22e comptera sur un bataillon beaucoup moins expérimenté qu'en 2007 alors que la majorité des militaires avaient plus de quatre ans de service dans l'armée. «J'ai un groupement tactique très jeune, mais je dirais que (l'avantage) c'est qu'ils ont l'énergie de la jeunesse», affirme le lieutenant-colonel Jocelyn Paul, qui prendra sur le terrain le commandement des troupes de combat.
Ainsi, les quelque 150 soldats de la compagnie C qui se rendent dans le dangereux district de Panjwaï ont en moyenne 24 ans, indique son commandant, le major Steve Jourdain. «La majorité a joint les Forces à l'été 2007», résume-t-il. Bref, alors que le conflit à Kandahar battait son plein.
Plusieurs des recrues rencontrées en janvier par Le Soleil lors d'un exercice au Texas ont d'ailleurs dit s'être enrôlées pour avoir la chance de participer à «un vrai conflit». «Ce qui est un peu particulier avec la nouvelle génération, c'est qu'on a plusieurs personnes qui joignent les Forces canadiennes avec l'intention pure de rester seulement trois ans. Ils disent : Je veux apprendre, je veux subir, je veux surtout aller en Afghanistan», observe le colonel Daniel Ménard, commandant du 5e groupe mécanisé de Valcartier.
Le phénomène ne surprend d'ailleurs pas le major Jourdain, enrôlé au début des années 90 peu après la première guerre du Golfe. Alors que l'armée canadienne connaissait à l'époque aussi une hausse marquée dans son recrutement, son groupe à l'école militaire avait d'ailleurs hérité du surnom de la «classe à Saddam».
Beaucoup de recrues
Passer en revue les troupes qui partent ces jours-ci permet rapidement de comprendre à quel point les militaires partant pour Kandahar ont rejoint l'armée depuis peu. Règle générale, une recrue reçoit son premier chevron marquant qu'il a atteint le grade de «soldat» après deux ans de service. Puis, après quatre ans de service, celui-ci est automatiquement promu caporal et peut ajouter un deuxième chevron à son habit.
Le Soleil a constaté après avoir côtoyé les militaires pendant une semaine en janvier qu'une large partie ne portaient pas encore un seul chevron. En fait, nombre d'entre eux ont reçu leur grade de soldat tout récemment, à la veille de leur départ.
Les officiers rencontrés sur le terrain ont confirmé ce constat. «Généralement dans une section, il y a un sergent, un caporal-chef et huit caporaux. Nous, c'est surtout huit soldats», décrit le major Jourdain. Il était en effet rare de voir en 2007 de «simples» soldats.
Des 150 militaires sous ses ordres, environ une vingtaine en seront à leur deuxième mission en Afghanistan. Moins d'une demi-douzaine d'entre eux en seront à leur troisième. En fait, plusieurs fantassins de la compagnie C ont moins de deux ans d'expérience, comme en témoigne l'absence de chevron sur leur habit. Ces recrues tout juste sorties de l'école militaire lorsqu'elles ont été affectées à la mission afghane reçoivent d'ailleurs le surnom de «pouf» auprès de leurs collègues plus expérimentés.
Long entraînement
La jeunesse des troupes pourrait d'ailleurs expliquer la longueur de l'entraînement pour ce groupe, celui-ci ayant duré plus d'un an. «Oui, un an, c'est long. Mais c'était nécessaire. Avec ma gang, je ne trouvais pas que c'était trop. C'est certain qu'avoir eu une compagnie qui n'en était pas à ses premières armes, qui avait eu un tour d'expérience, ça aurait été trop», soutient le major Jourdain.
Soldats d'expérience
À la veille de sa mission, l'officier dit ne pas s'inquiéter de l'âge des hommes sous ses ordres, puisque plusieurs soldats d'expérience se sont joints ces derniers mois à son groupe. Revenus d'Afghanistan voilà un an à peine, une vingtaine de sergents et de caporaux se sont joints au groupe en cours d'année.
«Le fait d'en avoir quelques-uns dans la compagnie qui ont participé à (la dernière mission de Valcartier à Kandahar), ça donne un gros coup de main. Ils sont capables de les prendre par le collet et leur dire comment faire (leur travail)», illustre le major Jourdain, qui vient tout juste de fêter son 35e anniversaire. Lui-même qui en sera à sa troisième mission à l'étranger, mais à sa première en Afghanistan, dit avoir bénéficié de l'expérience de ces vétérans souvent plus jeunes que lui.
À l'entraînement, il était d'ailleurs assez aisé de voir ceux qui ont davantage d'expérience. Alors qu'ils encerclent une maison, une dizaine de soldats se crispent en voyant sortir un figurant personnifiant un Afghan. Pointant leurs armes vers l'homme, certains lui crient en français, puis en anglais de lever les mains. Sans grand succès. Plus calme, un caporal prend le dessus en s'adressant à l'acteur en pachto, la principale langue utilisée dans le sud de l'Afghanistan.
«On a plus d'expérience, alors ça fait plus crédible quand on dit (aux jeunes) quoi faire. Quand ils demandent pourquoi, on peut leur dire que c'est déjà arrivé. On a des exemples à leur donner», souligne le sergent Michel Simoneau, qui a déjà servi deux fois
en Afghanistan et s'apprête à y retourner.
Sur les 2750 soldats qui serviront à Kandahar cet été, 63 d'entre eux en seront à leur troisième mission en Afghanistan. Certains soldats canadiens peuvent toutefois se vanter d'avoir déjà cinq missions à Kandahar à leur actif, rappelle toutefois le lieutenant-général Andrew Leslie, chef de l'armée de terre. Ce sont surtout des spécialistes, comme les chauffeurs de tanks ou pilote de drones, trop peu nombreux.
Le rajeunissement des soldats représente un simple retour à la normale, estime toutefois le colonel Daniel Ménard. «Dans le passé, un bataillon d'infanterie de 800 personnes avait en moyenne de 19 à 20 ans. Aujourd'hui, on parle plutôt de 27 ou 28 ans. C'est extrêmement vieux comme organisation», dit celui-ci invoquant les compressions dans l'armée au cours des années 90. «L'infanterie, c'est un métier de jeunes.»
Préférer la guerre au football
Convoité par plusieurs équipes universitaires de football, Dominique Lareau a préféré délaisser la ligne défensive des Condors du Cégep Beauce-Appalaches pour l'offensive dans les Forces canadiennes à Kandahar.
«J'ai toujours voulu être dans l'armée et on ne se cachera pas que l'Afghanistan est un théâtre intéressant quand on est militaire. Pour l'infanterie, on s'entraîne pour aller au combat et c'est ce que l'Afghanistan nous offre, aller au combat. C'est la chance que le Canada n'a pas eue pendant des années avec les missions de paix», confie le caporal de 21 ans qui part pour Kandahar dans les prochains jours.
«S'il y avait deux opérations en même temps, une mission de paix et l'Afghanistan, sans hésiter une seconde, je choisirais l'Afghanistan. On a une mission importante à faire là-bas», dit-il.
Dominique Lareau s'est enrôlé dans la réserve à 16 ans. «J'ai toujours voulu être dans l'armée, alors j'ai commencé par la réserve. J'ai entendu parler de l'Afghanistan lors de mon cours de soldat et j'ai tenté ma chance en 2007.»
Le poste que lui proposait l'armée l'aurait toutefois tenu loin des combats. «Moi, ce qui m'intéressait, c'était le groupement tactique», confie-t-il, ce groupe chargé de mener les combats. Sachant qu'un nouveau contingent partirait en 2009, il a préféré
attendre et s'est joint voilà un an au 2e bataillon qui s'envole ces jours-ci pour Kandahar.
Pour en être, il a suspendu ses études collégiales et arrêté de jouer au football collégial. Et ce, même si plusieurs universités s'étaient montrées intéressées à ses services, dont le Rouge et Or.
Rares réservistes
Même si le prochain contingent compte environ 400 réservistes dans ses rangs, ceux-ci sont plutôt rares dans le groupe de combat. Voilà un an, la compagnie C en comptait 40 sur ses quelque 150 hommes. Mais lors du passage du Soleil à la fin janvier, ils n'étaient plus que 12. «Ils prennent les meilleurs», lance à la blague Dominique Lareau. «En fait, on a beaucoup moins d'expérience que les réguliers. Il y en a qui changent d'idée et préfèrent retourner à la vie civile.»
Lui-même ne sait pas encore ce qu'il fera à son retour d'Afghanistan en septembre. Chose certaine, il veut étudier à l'université et verra si l'armée lui
offre de payer ses études. Pour le football, celui-ci reconnaît que sa carrière est probablement terminée. Ayant délaissé l'entraînement pendant plus d'un an, il ne sera probablement plus à la hauteur. «C'est mon choix et je ne le regrette pas encore.»
Publié par : Marcel Charland
à 06:42:44
Permalien
Comments :
Catégories :